Les deux écueils de l’anthropocentrisme

À l’origine, l’anthropomorphisme consistait à attribuer une forme humaine aux phénomènes naturels ou aux divinités. Aujourd’hui, cela désigne aussi le fait d’interpréter le comportement des autres espèces par le prisme d’une grille humaine.

Les sciences naturelles et l’éthologie prennent et on pris de nombreuses précautions pour éviter ce problème…

Malheureusement, cela a engendré un autre biais que les chercheureuses et philosophes de ces trente dernières années ont mis en évidence (Jane goodall, Mark Bekoff, Frans de Waal, Vinciane Despret, Baptiste Morizot…) : l’anthropodéni.

L’anthropodéni, c’est le refus de reconnaître aux autres espèces une vie intérieure .

C’est le rejet systématique de tout attribut considéré comme « humain » chez les autres espèces : émotions, intelligence, sentiments, personnalité…

En France, notre héritage mécaniste (inspiré par « l’animal-machine » de Descartes) et patriarcal nous a coupés du vivant. Résultat ? Des siècles de sciences rigides et un retard certain dans la connaissance des autres espèces :

Des animaux réduits à des objets d’étude, jamais des sujets.

Des théories absurdes basées sur des observations en labo, jamais en en milieu naturel.

Des expériences cruelles justifiées par cette pseudo-neutralité.

Dans les pays anglo-saxons, au Japon, aux Pays-Bas, les chercheureuses se sont rendu compte que c’était contre-productif et fermait de nombreuses voies d’exploration aux sciences du comportement. Ainsi, des éthologues comme Jane Goodall, Frans de Waal ou Vinciane Despret ont montré que les autres espèces ont une vie intérieure riche. Dans le domaine des équidés, des chercheuses comme Hélène Roche ou Léa Ansade étudient enfin les chevaux dans toutes leurs nuances, avec suffisamment d’humilité pour admettre que nous n’en sommes qu’aux balbutiements de notre apprentissage de leur monde. Chaque mois, de nouvelles études sont publiées, croisant parfois les domaines (neurosciences, génétique, éthologie, etc.) qui révèlent au grand public de nouvelles facettes de l’intelligence et de l’Umwelt des équidés.  

Pourtant, le monde équestre a les croyances persistances et les paradoxes décomplexés!

Ainsi, on refuse aux équidés des émotions, des sentiments, des manières d’être au monde proches de celles des humains en criant à l’anthropomorphisme. Ce faisant, on fait de l’anthropodéni…

ET en même temps, on utilise ce même anthropomorphisme pour interpréter de la façon la plus toxique qui soit le comportement des chevaux et et justifier méconnaissance et maltraitance : parler de la volonté de puissance et de domination d’un cheval, penser qu’il cherche à nous humilier et nous soumettre, qu’il fait exprès de nous écraser un pied, etc.

Bref, on refuse aux chevaux tout lien avec notre espèce… sauf quand ça arrange nos préjugés.

Je me demande combien de temps il faudra encore attendre avant que le monde du cheval intègre ce que les éthologues ont déjà compris : rien n’est figé, nous ne sommes pas séparés les unes des autres mais interconnectés. Et il est largement temps de jeter aux oubliettes notre anthropocentrisme et nos vieux modèles pourris pour nous ouvrir aux autres manières d’être vivant.e.s.

Sans anthropomorphisme.

Sans anthropodéni.

Mais avec humilité. Curiosité. Et amour.  

Profil d'un cheval noir avec un arrière-plan de forêt et un bâtiment agricole.
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Auteur/autrice : Charlotte Bousquet

Comportementaliste équine certifiée (Equitalliance) Autrice et scénariste Communicatrice animalière

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