Un pont entre deux mondes

L’éthologie, ou sciences du comportement, est une discipline en perpétuelle évolution. Par ses acteurices, d’abord, puis par ses champs d’études. Ainsi, la vie émotionnelle et les facultés cognitives des autres espèces intéressent de plus en plus les scinetifiques. Des chercheureuses comme Jane Goodall, Mark Bekoff ou Frans de Waal, en refusant l’objectivation des primates et autres espèces qu’ils étudiaient, en leur donnant des noms, en les considérant comme des êtres à part entière, ont permis d’immenses avancées, y compris dans la façon dont conduire une expérience (en se plaçant du point de vue du chimpanzé, de la pieuvre, du cheval… ) Iels ont ainsi fait exploser les vieux préjugés sur « les animaux et nous ». Iels leur reconnaissent de plus en plus ouvertement une vie intérieure, des sentiments, en plus des émotions que nous avons en commun. La chercheuse Léa Ansade et son équipe, si elles avancent avec prudence, découvrent chez les équidés des capacités cognitives et des talents de profilers proprement hallucinantes.

Logo stylisé d'un cheval avec des lignes orange et turquoise.

Pourtant, dans le monde du cheval, on continue encore trop souvent à refuser aux équidés intelligence, sentiments et émotions en agitant l’épouvantail de l’anthropomorphisme. Alors, ça permet de remettre quelques pendules à l’heure, c’est vrai : un équidé ne cherche ni à humilier ni à faire souffrir ni à blesser l’autre délibérément. Son cerveau n’est pas programmé pour ça. En revanche, concernant le reste, l’emploi de ce terme sert surtout à justifier l’anthropodéni : refuser aux autres espèces des émotions, des, sentiments et une vie intérieure qui serait réservée aux seuls humainEs.

En plus d’être arrogant, c’est surtout scientifiquement obsolète.

Logo stylisé d'un cheval avec des lignes orange et turquoise.

Les sciences du comportement, depuis plusieurs décennies, éclatent les petites cases figées qui ont longtemps empêché la recherche d’avancer (un comble, pour une démarche scientifique…). Elles ont aussi permis de revisiter des théories présentées comme “évidentes” mais construites sur des bases biaisées — je pense par exemple à la théorie du “mâle alpha”, issue d’observations de loups… en captivité.

Les sciences cognitives, elles aussi, posent des ponts entre les espèces.

Les équidés, comme nous, ressentent, réfléchissent, aiment, détestent, s’attachent, etc. Simplement, leur manière d’être au monde diffère de la nôtre. C’est ce qu’on appelle l’Umwelt : l’environnement perçu, subjectif, propre à chaque espèce… et à chaque individu. Il y a des dénominateurs communs (chevaux = proies, êtres sociaux, ultra sensibles aux signaux sociaux…), mais il y a autant d’Umwelt qu’il y a d’individus sur terre.

Voilà.

Logo stylisé d'un cheval avec des lignes orange et turquoise.

Plutôt que nous accrocher encore et encore à des mots-épouvantails, il est peut-être temps de créer des ponts : entre le monde des équidés et le nôtre, entre l’Umwelt d’un cheval et celui de son humainE!

Dans son ouvrage Jeu et réalité, le psychologue Winnicott, écrit que le jeu permet de créer entre deux ou plusieurs personnes une aire intermédiaire d’expérience, autrement dit un espace neutre dans lequel chacunE peut tisser avec l’autre/ les autres un univers commun, un langage commun, un  possible, sans renoncer à son identité.   

Autrement dit, selon Winnicott, le jeu accueille et relie, permettant de créer un pont entre deux singularités, deux manières d’être au monde (Umwelt).

Logo stylisé d'un cheval avec des lignes orange et turquoise.

Et si, avec les chevaux, on créait cet espace neutre, dans lequel chacunE serait accueilli avec considération ? Et si on oubliait un peu les étiquettes, les petites cases et le besoin de contrôle pour laisser la place à la joie de respirer et de danser ensemble ? De créer un cadre et un langage communs ? D’être connectés l’unE à l’autre, simplement…

Dès lors, les différentes méthodes employées (respectueuses de l’intégrité de chacunE, on est d’accord) reprennent leur rôle d’outils, à sortir ou non de la boîte à jeux, au lieu d’imposer leurs structures figées à deux êtres de mouvement…

Quand on parvient à se relier ainsi à l’autre – et ce n’est pas si difficile que ça ! – la plupart des injonctions et des jugements se vident de leur substance.

Une personne embrassant un cheval brun, entourée d'arbres verdoyants.
Photo : Marie RB

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Auteur/autrice : Charlotte Bousquet

Comportementaliste équine certifiée (Equitalliance) Autrice et scénariste Communicatrice animalière

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